Ziguinchor – 22 ans après le naufrage du «Joola» : un format de célébration en question !…

La question revient sans cesse dans le Sud : faut-il modifier le format et le mode de célébration de l’anniversaire du naufrage du « Joola » ? Chaque année, le même rituel se répète : aéroport, Kantène, port de Ziguinchor, dépôt de gerbes, discours d’engagements. Ce parcours des officiels, pour commémorer le naufrage du ferry qui assurait la liaison Dakar-Ziguinchor dans l’océan Atlantique, a eu lieu le 26 septembre 2002.

Ce jeudi 26 septembre, les autorités sénégalaises et les familles des victimes se réuniront à Ziguinchor et à Dakar pour honorer la mémoire des disparus de cette tragédie maritime, la plus meurtrière en temps de paix, avec plus de 1863 morts et seulement 64 rescapés. Vingt-deux ans après le naufrage, les cérémonies s’enchaînent, empreintes de promesses d’engagements souvent non tenus.

À Ziguinchor, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une nouvelle manière de commémorer cette catastrophe. Cette demande est d’autant plus pressante dans une région qui a souffert le plus de cette tragédie, particulièrement en cette veille d’anniversaire. Le naufrage du « Joola » est désormais considéré comme l’une des plus grandes catastrophes maritimes, dépassant même celle du Titanic.

Deux structures parallèles de familles de victimes se disputent l’organisation des activités liées à cet anniversaire. Certains estiment que ces cérémonies sont devenues une opportunité de profit. Ahmadou Diédhiou, enseignant, déplore que l’on profite de ces commémorations pour gagner de l’argent, suggérant plutôt de prier pour les victimes dans les mosquées et églises, sans toute cette mise en scène. M. Badji ajoute que ces événements ne changent guère et que l’argent va souvent aux responsables des associations, tandis qu’Aliou Danfa souligne que, après 21 ans, les mêmes doléances persistent et que des rivalités internes compliquent l’organisation.

Pour beaucoup, des prières dans les lieux de culte et une minute de silence dans les milieux de travail suffisent amplement pour honorer la mémoire des victimes. À Ziguinchor, la participation aux commémorations semble diminuer d’année en année, ce qui soulève des interrogations sur l’engouement des familles et des populations.

Bien que l’association en charge des préoccupations des familles ait fait des avancées dans le dossier, certains critiquent son approche, surtout lorsque des pressions sont exercées sur l’État pour obtenir des fonds. Les familles, toujours affectées par leur perte, semblent préférer une célébration sobre à l’agitation des responsables, qui, pour certains anniversaires, ont même introduit des éléments tels qu’une « marraine ».

Pour le 22e anniversaire, sauf changement de dernière minute, c’est le Premier ministre Ousmane Sonko qui devrait diriger la délégation officielle. Après son arrivée à l’aéroport de Capskiring, il se rendra directement à Ziguinchor, d’abord au cimetière de Kantène où reposent des victimes, puis au Musée-Mémorial Joola pour le dépôt de gerbes et les discours.