UN NOUVEAU DÉPART POUR LE SÉNÉGAL : L’HEURE DES RESPONSABILITÉS
Le Sénégal traverse un moment décisif de son histoire politique. Depuis plusieurs années, j’ai alerté, à travers mes prises de parole et mes vidéos, sur une situation inédite qui ne pouvait durablement résister aux réalités du pouvoir. Ce que beaucoup pressentaient est aujourd’hui devenu évident : la rupture était inévitable.
Elle avait été annoncée dès la première conférence de presse d’Ousmane Sonko lorsqu’il déclarait avoir été « nommé » sans avoir véritablement le pouvoir de gouverner. Tout le reste n’a été qu’une suite logique d’incompréhensions, de frustrations et de rivalités internes où chacun attendait son heure pour imposer sa propre rupture.
Pendant ce temps, le pays a souffert.
Nos compatriotes ont été entraînés dans une dangereuse haine de l’autre. Nos institutions ont été fragilisées. Les principes républicains ont été malmenés. Nous avons assisté à des scènes inimaginables : des directeurs contestant publiquement des décisions présidentielles, des parlementaires de la majorité insultant le Président de la République, un mélange des genres inquiétant entre parti et État, jusqu’à donner le sentiment d’un État-parti.
Aujourd’hui, toutes les conditions objectives d’une séparation politique sont réunies. Mais au-delà des personnes, c’est le Sénégal qui paie le prix fort.
Le secteur privé est déchiqueté. Les ménages étouffent. Des compétences nationales capables de porter des projets créateurs d’emplois se retrouvent en prison ou marginalisées. Des capitaines d’industrie voient leurs projets bloqués simplement à cause de leur proximité supposée avec l’ancien régime, oubliant que beaucoup servaient avant tout l’État et les fonctions qu’ils occupaient.
Notre économie ralentit dangereusement. Notre diplomatie perd son influence. Le Sénégal, autrefois respecté et écouté, donne aujourd’hui l’image d’un pays instable où le doute s’installe durablement. Les investisseurs hésitent. Les bailleurs deviennent prudents. Notre destination est quotidiennement fragilisée par des discours excessifs et des tensions permanentes.
Et pendant ce temps, une jeunesse qui avait rêvé d’un avenir meilleur voit ses espoirs se briser.
Quand un rêve se brise, il faut réarmer moralement et intellectuellement une nation.
Mais il faut être clair : le Président Bassirou Diomaye Faye ne doit pas penser qu’Ousmane Sonko est seul responsable de la situation actuelle. Le pouvoir ne se partage pas devant l’histoire. La Constitution a confié au Président de la République des responsabilités immenses, et il les a lui-même exercées récemment en mettant fin aux fonctions de son Premier ministre.
Le bilan appartient désormais au Président de la République. Et le peuple attend de lui des décisions fortes, justes et efficaces.
L’heure n’est ni aux règlements de comptes, ni aux promotions de clans, ni à la liquidation des compétences divergentes au sein de Pastef. Le Sénégal a besoin des meilleurs de ses fils et filles, quelles que soient leurs sensibilités.
Le futur Premier ministre devra être un homme ou une femme de compétence, capable de rassurer les Sénégalais, de parler aux forces sociales, mais aussi de rétablir rapidement la confiance avec les partenaires financiers et diplomatiques du Sénégal.
Notre pays regorge pourtant de ressources humaines exceptionnelles : économistes de renommée, technocrates compétents, entrepreneurs audacieux, artisans talentueux, secteur informel dynamique, experts capables de relancer rapidement la machine économique.
Il faut mobiliser toutes ces compétences autour d’un véritable projet national :
• relancer l’habitat social et la promotion immobilière ;
• soutenir nos capitaines d’industrie ;
• sauver et redresser Air Sénégal ;
• encourager les petites industries de transformation dans toutes les régions ;
• structurer l’économie populaire et l’artisanat ;
• restaurer notre crédibilité diplomatique et financière.
Le geste que posera le Président Diomaye devra être un geste d’intérêt national, et non un choix dicté par des considérations personnelles ou de clan.
Car il faut le dire avec gravité : si le choix du prochain Premier ministre et du futur gouvernement est mauvais, le Sénégal risque de replonger dans une crise encore plus profonde que celle de 2021. Et notre peuple ne le souhaite pas.
Le Président doit prendre le temps d’écouter, de consulter, de rassembler avant de décider. La moindre erreur peut être fatale pour la stabilité du pays.
Le Sénégal a aujourd’hui besoin de réconciliation, de dépassement et de gestion de l’intérêt général au détriment des intérêts particuliers. Nous devons accepter ensemble des sacrifices pour faire face aux défis du nouveau monde.
Nous avons les ressources minières.
Nous avons les ressources humaines.
Nous avons le génie sénégalais.
Mais nous avons surtout besoin d’un État fort, juste et rassembleur.
Président Diomaye, le peuple sénégalais vous écoute. Il attend désormais de vous la preuve que vous êtes le Président de tous les Sénégalais et non le simple produit politique d’un homme.
L’opposition sera forte. Elle ne vous fera aucun cadeau. Et c’est cela aussi le charme de notre démocratie. Mais cette opposition devra rester pacifique, responsable et respectueuse des règles républicaines.
Le Sénégal étouffe.
Il attend des actes.
Il attend une vision.
Il attend un sursaut national.
Thierno Lo
Un Républicain Libre
