Le Sénégal mérite mieux : l’heure du sursaut national

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THIERNOLO1

Nous ne nous lisons plus. Nous ne nous écoutons plus. Nous ne nous respectons plus.

C’est peut-être là le plus grand drame du Sénégal d’aujourd’hui.

Nous réagissons avant de comprendre. Nous jugeons avant de connaître. Nous généralisons avant de distinguer. À force de voir le monde à travers le prisme des appartenances politiques, nous finissons par oublier l’essentiel : l’intérêt supérieur de la Nation.

Aucune nation ne s’effondre par hasard. Les pays déclinent lorsqu’ils fabriquent eux-mêmes les raisons de leur affaiblissement.

Depuis l’alternance, l’adversité politique s’est transformée en haine. La suspicion remplace le dialogue, la revanche prend le pas sur l’intérêt général et, pendant que nous nous affrontons, l’économie recule.

Nous oublions une évidence : derrière chaque entreprise se trouvent des milliers d’emplois, des recettes fiscales et une part de notre souveraineté économique. Les investisseurs ne sont pas des ennemis de la République ; ils en sont des partenaires.

Je parle ici d’expérience. Mon premier emploi m’a conduit à travailler sur les enquêtes de sécurité relatives aux investissements. J’y ai appris qu’un État responsable ne confond jamais une personne avec une entreprise, une relation avec une faute, ni une suspicion avec une preuve. Les enquêtes existent précisément pour distinguer, vérifier et protéger les intérêts de l’État sans décourager ceux qui créent de la richesse.

La généralisation est une erreur. Elle nourrit les dénis, détruit la confiance et finit par éloigner les investisseurs. Un pays qui fait fuir ceux qui investissent compromet son propre développement.

Les ministères de tutelle doivent avoir le courage d’arbitrer avec équité et de défendre les dossiers des entreprises lorsqu’elles sont dans leur droit. L’État et le secteur privé ne doivent pas se regarder en chiens de faïence ; ils doivent devenir des partenaires au service de la croissance, de l’emploi et de l’élargissement de notre assiette fiscale.

L’économie ne prospère que dans un climat de confiance. Les investisseurs observent la stabilité de nos institutions autant que nos indicateurs financiers. Les querelles permanentes, les discours de haine et les tensions politiques dégradent l’image du Sénégal et profitent à nos concurrents.

Nous avons longtemps été respectés pour notre stabilité et pour la qualité de notre diplomatie, portée par des hommes comme Doudou Thiam. Nous devons retrouver cette crédibilité.

Nous avons consacré trop d’énergie à la conquête et à la conservation du pouvoir, pas assez à la création de richesse. Pendant que la politique occupe tout l’espace, les Sénégalais attendent des réponses sur l’emploi, l’agriculture, l’industrie, la formation, les grands travaux et le pouvoir d’achat.

À l’approche de l’hivernage, il est légitime de demander où en sont les stocks agricoles invendus, quelles leçons ont été tirées de la dernière campagne et quelles dispositions ont été prises contre les inondations. Gouverner, c’est prévoir. Gouverner, c’est aussi rendre compte.

Le Sénégal mérite mieux que cette confrontation permanente.

Il est temps de remettre l’économie au cœur de notre action publique, de réapprendre à nous lire, à nous écouter et à nous respecter.

Car un peuple qui ne s’écoute plus ne peut plus construire un destin commun.

Le temps du sursaut national est venu.

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