Feux de brousse : passer d’une culture de réaction à une culture de prévention

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Chaque année, avec l’arrivée de la saison sèche, notre pays fait face à une menace récurrente : les feux de brousse. Au-delà des pertes environnementales, ces incendies détruisent des pâturages, fragilisent la biodiversité, menacent les exploitations agricoles et exposent parfois les populations à de graves dangers.

Ayant eu la responsabilité du département de l’Environnement, je reste convaincu que notre première bataille doit être celle de la prévention. Dans la lutte contre les incendies, le moment le plus important n’est pas celui où le feu est déjà déclaré. C’est celui qui précède le feu.

La priorité doit être donnée au renforcement et à la généralisation des pare-feux. Ces ouvrages ne doivent pas être considérés comme de simples pistes ouvertes dans la végétation, mais comme de véritables infrastructures de protection des territoires. Ils doivent être entretenus régulièrement, cartographiés et intégrés dans une stratégie nationale de prévention.

L’expérience des pays confrontés à de grands incendies, notamment dans le bassin méditerranéen, nous enseigne une leçon fondamentale : on ne gagne pas uniquement une bataille contre un incendie avec des camions et des avions bombardiers d’eau. On la gagne d’abord en empêchant le feu de devenir incontrôlable.

C’est pourquoi il faut également réfléchir à une nouvelle approche : préparer les territoires à résister au feu.

Dans les zones forestières et autour des habitations situées dans les secteurs à risque, il faut développer des dispositifs permanents : création de réserves d’eau, installation de points d’approvisionnement pour les secours, entretien des zones tampons, réduction des matières combustibles et maintien d’une humidité suffisante dans les secteurs stratégiques.

Notre réflexion doit évoluer : il vaut mieux rendre les espaces vulnérables moins favorables à la propagation du feu que d’attendre qu’un incendie gigantesque se déclare pour mobiliser des moyens considérables.

La forêt ne doit pas seulement être défendue au moment où elle brûle. Elle doit être protégée avant même l’apparition de la première flamme.

Cela suppose une mobilisation collective : les services des Eaux et Forêts, les collectivités territoriales, les populations rurales, les éleveurs, les agriculteurs et les acteurs de la sécurité civile doivent travailler dans un cadre permanent d’anticipation.

Les changements climatiques rendent cette exigence encore plus urgente. Les périodes de sécheresse sont plus longues, les températures plus élevées et les vents peuvent transformer un simple départ de feu en catastrophe majeure.

La stratégie nationale doit donc reposer sur trois piliers :

  1. Prévenir par les pare-feux, l’aménagement des territoires et la surveillance ;
  2. Anticiper par des moyens humains, matériels et hydrauliques prépositionnés ;
  3. Intervenir rapidement lorsque le feu apparaît.

La meilleure lutte contre les incendies reste celle qui empêche l’incendie de prendre naissance.

Protéger nos forêts, c’est protéger notre économie rurale, notre biodiversité et l’avenir des générations futures.

Thierno LO
Ancien ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature

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