Mandat des maires : le peuple avant les parties (Réponse de Soreu Malick Diop à Amadou Ba)
« Proposition de loi de moralisation de la vie politique et du respect du suffrage universel : Tout maire qui rejoint une formation politique différente de celle qui l’a élu, perd son mandat », a posté le député Amadou Ba, membre de Pastef.
Il estime que « la transhumance est une tache noire de notre démocratie et un poison mortel de la confiance des citoyens envers leurs élus ; c’est un vestige du passé que personne ne doit ressusciter. »
Soreu Malick Diop, qui se présente comme un citoyen engagé du Sénégal, n’est pas du tout d’accord avec le parlementaire. Il s’est exprimé à travers la tribune ci-dessus.
« C’est quand même assez curieux. Mais, comme souvent, au lieu de s’attaquer aux véritables problèmes de notre démocratie, certains semblent vouloir renforcer davantage le pouvoir des partis politiques.
Le député de PASTEF, Amadou Ba, voudrait proposer une loi qui ferait perdre leur mandat aux maires qui quittent leur parti politique.
Je suis totalement opposé à cette idée.
Premièrement, il semble oublier que les maires sont élus par les citoyens. Leur légitimité vient du suffrage des électeurs et non d’un parti politique. Certains sont d’ailleurs élus sur des listes indépendantes. Faudrait-il, demain, leur retirer leur mandat simplement parce qu’ils changent d’affiliation politique ?
Le mandat d’un élu local ne peut pas devenir la propriété d’un parti. Le maire est d’abord l’élu de sa commune et le représentant de ses administrés.
Deuxièmement, si une réforme électorale doit être engagée, il serait plus pertinent de s’intéresser au mode d’élection des députés et de réfléchir à la suppression ou à la réforme de la liste nationale, qui donne une place prépondérante aux appareils politiques dans le choix des représentants du peuple.
Pourquoi ne pas chercher à rapprocher davantage les députés de leurs électeurs ? Pourquoi ne pas faire en sorte que le député soit directement comptable de son bilan devant les citoyens plutôt que de dépendre principalement de la direction de son parti ?
Le véritable enjeu est là : renforcer la souveraineté du peuple, et non le pouvoir des partis.
C’est pourquoi je trouve cette proposition pour le moins surprenante. On attend de nos députés des réformes qui répondent aux préoccupations des Sénégalais et renforcent notre démocratie, pas des textes qui semblent davantage protéger les intérêts des partis et de leurs dirigeants.
Un élu doit servir le peuple avant de servir un parti.
Le Sénégal mérite mieux que des réformes dictées par les intérêts partisans. Il mérite des institutions fortes, des élus libres et une démocratie dans laquelle le dernier mot appartient toujours au peuple. »
