La prouesse de Sonko et le boulevard que l’opposition lui ouvre (Par Thierno LO)

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Il faut regarder la situation politique sénégalaise avec froideur, sans passion partisane ni procès d’intention. Car derrière le théâtre politique qui amuse parfois les réseaux sociaux, c’est l’avenir du Sénégal qui se joue.

Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye sont arrivés au pouvoir ensemble. Ils ont gouverné ensemble et porté la même promesse de rupture. Ils ont aussi installé une lecture dangereusement binaire du pays : ceux qui avaient voté pour eux et ceux qui ne l’avaient pas fait.

Ils ont voulu transformer l’État. Mais l’État républicain a résisté : par ses institutions, ses magistrats, certains de ses hauts fonctionnaires et surtout par ces citoyens qui savent que l’État appartient à la Nation et non à un parti.

J’avais, à l’époque, pris ma plume pour les interpeller.

Deux années plus tard, le rêve s’est fissuré. Les promesses tardent à produire leurs résultats, l’économie souffre, les entreprises agonisent, les ménages tirent la langue et le pays donne le sentiment d’avoir perdu une partie de son exception diplomatique.

Et pendant que le président de la République semblait encaisser les coups, son Premier ministre les recevait de plein fouet.

C’est alors que Sonko a compris quelque chose d’essentiel : tant qu’il resterait Premier ministre, il serait comptable du bilan ; en sortant du gouvernement, il pouvait redevenir celui qui conteste le pouvoir.

Il lui fallait donc une rupture.

Il a provoqué les conditions politiques de cette rupture, jusqu’à remettre son mandat au président de la République.

Et là se trouve sa véritable prouesse.

Hier Premier ministre de Diomaye, il est aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, président de Pastef et leader de l’opposition au pouvoir qu’il a lui-même contribué à installer.

Il a changé de position sans perdre son électorat.

Il a laissé à Diomaye la responsabilité constitutionnelle du pouvoir tout en conservant, auprès d’une partie de l’opinion, l’image de celui qui aurait été empêché de gouverner.

C’est politiquement habile.

Mais Sonko n’a pas seulement posé une équation à Diomaye.

Il en a posé une encore plus redoutable à l’opposition.

Comment combattre Sonko sans le consacrer ?

Comment critiquer le bilan des deux premières années sans rappeler que Sonko en était l’un des principaux responsables ?

Et si l’on critique ce bilan, comment éviter de reconnaître implicitement que Diomaye, constitutionnellement responsable de la politique de la Nation, en porte lui aussi la responsabilité ?

Voilà le piège.

L’opposition attaque le régime et peut ainsi renforcer Sonko.

Elle attaque Sonko et contribue à faire de lui le principal adversaire du régime.

Elle cherche des ralliements et des transhumants, alors que Sonko, lui, structure son parti, vend ses cartes, remobilise ses militants, occupe le terrain, réclame des élections et parle déjà comme un candidat.

L’opposition est donc en train, parfois inconsciemment, de lui construire le statut d’alternative.

C’est le paradoxe extraordinaire de cette situation.

Sonko peut désormais critiquer le pouvoir sans avoir à défendre directement sa gestion actuelle.

Il peut dire : « Je n’ai pas pu gouverner comme je le voulais. »

Et cette phrase suffit à transformer une responsabilité passée en promesse future.

Pendant ce temps, la classe politique s’en amuse.

On en fait un spectacle.

On commente les coups.

On compte les points.

On rit.

Mais ce n’est pas du théâtre.

Des entreprises souffrent. Des ménages peinent. Des jeunes attendent. L’État doit fonctionner. Et notre démocratie ne peut pas être réduite à un duel entre deux hommes issus de la même histoire politique.

Car le véritable danger est désormais celui de la bipolarisation :

Diomaye contre Sonko.
Sonko contre Diomaye.

Et autour d’eux, une opposition qui risque de devenir, malgré elle, une force d’appoint de l’un ou de l’autre.

Si cette dynamique se poursuit, si Sonko ne rencontre pas d’obstacle majeur à sa candidature et si aucune alternative crédible ne se construit en face, il pourrait effectivement disposer d’un boulevard.

Il pourrait même réaliser ce qu’il annonce : plier une élection avant midi.

Mais si cela arrivait, ce ne serait pas uniquement la prouesse de Sonko.

Ce serait aussi l’échec de tous ceux qui lui auront laissé le boulevard.

La véritable question n’est donc plus seulement : comment battre Sonko ?

Elle est : qui proposera aux Sénégalais une autre voie, un autre projet, une autre vision du Sénégal ?

Parce qu’une opposition qui ne propose pas une alternative et se contente de combattre un homme ne construit pas une victoire.

Elle construit parfois, sans le savoir, la victoire de celui qu’elle combat.

Le Sénégal mérite mieux qu’un duel de personnes.

Il mérite un débat de projets, une confrontation d’idées et une véritable alternative républicaine.

C’est maintenant que le travail doit commencer.

Thierno LO
Un Républicain libre

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