Affaire des 64 inculpés : quand la communication finit par faire la publicité du phénomène qu’elle prétend combattre

Si les informations publiées sont confirmées, une question mérite d’être posée : après avoir écarté les accusations de transmission volontaire du VIH, de blanchiment de capitaux et certaines autres charges initialement évoquées, que reste-t-il exactement du dossier et quelle sera la justification du maintien en détention de certains prévenus ?
Mais au-delà de l’aspect judiciaire, il faut avoir le courage de regarder l’effet social et médiatique de cette affaire.
Pendant des mois, le sujet a été exposé dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les conversations publiques. Et parmi les personnes citées figurent des animateurs, journalistes, artistes et influenceurs suivis par une jeunesse particulièrement impressionnable.
Paradoxalement, en voulant combattre certaines pratiques que notre société et nos références religieuses réprouvent, n’avons-nous pas contribué à leur donner une visibilité sans précédent ?
On voulait peut-être faire peur. On a parfois fait connaître.
On voulait dénoncer. On a aussi suscité la curiosité.
On voulait démystifier un phénomène. On risque d’avoir participé à sa banalisation.
C’est là tout le paradoxe de cette communication judiciaire et médiatique : à force de montrer, de nommer et de commenter, on finit parfois par transformer un phénomène marginal en sujet de fascination.
La lutte contre les dérives sociales ne peut pas être seulement judiciaire. Elle doit aussi être éducative, familiale, culturelle et médiatique.
Car lorsqu’un phénomène est exposé quotidiennement à des millions de jeunes, il faut se demander non seulement ce que l’on combat, mais aussi ce que notre manière de le combattre produit dans les esprits.
Et sur ce terrain, il faut bien reconnaître une chose :
la communication autour de cette affaire a été extraordinairement efficace… peut-être même trop efficace.
On voulait faire la publicité du danger.
On a peut-être fait la publicité du phénomène.
Thierno Lo
