Souveraineté Economique et Gestion des Ressources Naturelles cas du SENEGAL
Le Sénégal est un nouveau pays pétrolier et c’est un événement majeur pour le pays et le Continent. Le projet Sangomar est un gisement conséquent, à quelque 130km de Dakar, en mer. La compagnie australienne Woodside Energy, chargée de l’exploitation du gisement devrait produire quelque 100.000 barils par jour. Ce qui est largement en dessous des productions de l’Arabie saoudite et du Nigéria mais au-dessus de celle de pays comme la France (15000 barils/jour) et la Côte d’ivoire (qui envisage d’élever son niveau de production à hauteur de 200.000 barils/jour dans le moyen terme). Ce qui est n’est pas négligeable et qui traduit surtout l’entrée de notre pays dans le club des pays producteurs d’hydrocarbures.Notre pays attend donc dans un premier temps une rente d’un milliards d’euros (soit environ 700 milliards de FCFA soit près de 12% du budget réel du pays) de ce gisement sur 30 ans. Cela peut paraitre peu mais cette manne va soulager ce pays en développement. En effet, un million d’euros de rentrées annuelles constitue un réel soulagement des capacités d’autofinancement de l’Etat qui a des dépenses annuelles qui tournent autour de 8.5 millions d’euros soit 5667.7 milliards de francs CFA. Le projet Sangomar est donc important pour le pays mais pas autant que les exploitations des champs gaziers puisque le Sénégal est plus un pays gazier que pétrolier. Le projet d’exploitation de gaz liquéfié est un projet encore plus important pour l’économie sénégalaise et d’une taille plus grande. Cette exploitation va démarrer dans les mois à venir au niveau du grand gisement offshore gazier en relation avec la Mauritanie.
D’ailleurs un grand projet de gazoduc vers l’Europe, via le Maroc, est dans les tablettes et le Sénégal deviendra ainsi un acteur majeur de ce marché si stratégique. Les pays de l’UE , dans le contexte de la guerre en Ukraine, cherchent à se défaire de leur dépendance au gaz russe. Les Européens se tournent désormais vers le Qatar, l’Amérique du nord mais aussi vers l’Afrique. En guise d’exemples, nous avons vus des pays comme l’Italie et l’Allemagne se rapprocher de l’Algérie, un grand producteur de gaz.Cependant, l’enjeu mondial autour de l’exploitation et de la gestion des hydrocarbures ou plus généralement des ressources naturelles et sa corrélation avec les guerres qui est souvent résumé sous le vocable de « malédiction du pétrole » constitue l’interpellation la plus urgente et la plus préoccupante pour un pays en développement et tout nouveau producteur d’hydrocarbure comme le nôtre.Théoriquement, les exportations pétrolières permettent de relâcher la contrainte de balance des paiements. Les redevances et autres paiements renforcent la capacité budgétaire des Etats producteurs. Le pétrole relaxe ainsi des contraintes structurelles mises en avant par les économistes du développement. Plus intuitivement, les pays riches en ressources extractives semblent bien placés pour lutter contre la pauvreté. Ils disposent de plus de moyens financiers que les pays pauvres dénués de matières premières pour améliorer les conditions de vie de la population et construire des infrastructures de base permettant de diversifier le tissu économique. La réalité est toutefois bien différente, ainsi que le démontre la situation de nouveaux pays pétroliers comme le Tchad et le Soudan, ou encore le Niger, troisième exportateur d’uranium après le Canada et l’Australie.
Ainsi, en dehors de l’installation d’institutions et d’organes de gouvernance inclusifs et forts , il serait important de mener et développer des projets et programmes visant à promouvoir une montée en compétence qui aura des retombées significatives pour l’économie nationale et un impact positif sur le niveau de vie des populations. En somme il s’agit là d’une étape cruciale dans la réalisation de la Souveraineté économique tant prônée par nos nouvelles autorités avec à la première Loge Monsieur le Président Bassirou Diomaye FAYE.
En effet, on ne peut pas occulter l’importance des recettes des hydrocarbures pour le développement des infrastructures et les aides aux populations pour un pays en développement. Cependant, pour plus impacter sur le PIB, le niveau de vie des populations et sur la promotion de la contribution nationale, il faudra essentiellement mettre en œuvre les programmes suivants :
1. Investir dans la formation en quantité et en qualité d’ ingénieurs, d’ouvriers qualifiés, de juristes d’affaires, de contrôleurs, en somme du personnel nécessaire à l’exploration, l’exploitation et à la gestion des ressources naturelles ;
2. Accompagner, encadrer et impliquer prioritairement les entreprises ou acteurs nationaux pour qu’ils soient capables de remplacer dans un futur proche les entreprises étrangères dans les activités d’exploitation, de gestion et de commercialisation de nos ressources naturelles ;
3. Mettre en place un Fonds souverain pour les générations futures
4. Il faudra aussi privilégier les audits et les contrôles rigoureux pour tous les contrats qui sont en phase d’exploitation au détriment de la renégociation qui peut se révéler problématique compte tenu de la complexité des arbitrages au niveau des juridictions internationales et du niveau d’investissement consenti par les Entreprises étrangères comme Woodside Energy (82% des droits), BP et Cosmos Energy pour les projets gaziers.
Par contre l’Etat doit mettre plus de rigueur sur les contrats annexes, les nouveaux contrats, les avenants, les informations distillées par ces multinationales pour éviter les tentatives de contournement de notre loi sur le contenu local et le CRPP. C’est d’ailleurs le cas pour le contrat que Woodside Energy vient de confier à une pme norvégienne DeepOcean au grand dam des pme sénégalaises sans le quitus des autorités publiques du contenu local ou de PETROFAC pour Grand Tortue.
