Crise politique en Guinée-Bissau : Embalo avance les élections au 23 novembre et confirme sa candidature
Bissau, février 2025 – Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, a décrété le 23 février que les élections présidentielle et législatives se tiendraient le 23 novembre 2025, soit une semaine plus tôt que la date initiale du 30 novembre. Cette décision intervient dans un contexte de forte tension politique, marqué par des contestations sur la fin de son mandat.
Fin de mandat contestée et retour sur sa promesse
L’opposition estime que le mandat d’Embalo a expiré le 27 février 2025, cinq ans après son investiture controversée en 2020. Plusieurs partis ont dénoncé un « glissement de calendrier » et ont appelé à une paralysie nationale le jour supposé de la fin de mandat. Le président a cependant surpris en annonçant sa candidature à un second mandat le 3 mars, malgré des déclarations antérieures où il affirmait ne pas vouloir se représenter.
Boycott du dialogue politique par l’opposition
Le 7 mars, Embalo a convoqué une concertation nationale pour tenter de désamorcer la crise. Cette rencontre a été boycottée par la principale coalition d’opposition, l’Alliance Populaire Inclusive, dirigée par Domingos Simões Pereira et Nuno Gomes Nabiam, tous deux anciens Premiers ministres.
Une présidence secouée par les crises politiques et institutionnelles
Depuis son élection en 2019, Umaro Sissoco Embalo a gouverné un pays plongé dans une instabilité chronique :
- Contestation post-électorale dès 2020 par le PAIGC ;
- Tentative de coup d’État le 1er février 2022 ;
- Dissolution du Parlement en mai 2022 et nouveaux reports électoraux ;
- Troubles armés en décembre 2023 entre la garde nationale et l’armée, qualifiés de « tentative de coup d’État » par le président.
En réponse à ces événements, Embalo a dissous l’Assemblée à nouveau en décembre 2023, prévoyant des élections anticipées pour novembre 2024, finalement reportées sine die pour des raisons techniques et financières.
Condamnation des dérives autoritaires par la société civile africaine
Plusieurs organisations ouest-africaines de la société civile, dont AfricTivistes, Wademos, et Y’en a marre, ont dénoncé dans une déclaration commune les manœuvres institutionnelles visant à prolonger la présidence Embalo. Elles appellent au respect de la Constitution bissau-guinéenne de 2020 et dénoncent l’expulsion de la mission de médiation de la CEDEAO, survenue le 1er mars, comme une violation grave du protocole sur la démocratie et la gouvernance.
Liberté de la presse en recul
Le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF) classe la Guinée-Bissau 92e en 2024, contre 78e en 2023, illustrant une dégradation notable de la liberté de la presse. Le 20 novembre 2024, deux journalistes de Capital FM, Carabulai Cassama et Turé da Silva, ont été victimes de violences policières. Les OSC appellent à garantir la sécurité des journalistes, particulièrement en période électorale.
Appel au dialogue national et à la médiation africaine
Les signataires du communiqué pressent la Commission de l’Union africaine à intervenir rapidement en dépêchant une mission d’information et de médiation. Ils appellent toutes les parties, du pouvoir aux acteurs de la société civile, à engager un dialogue franc et inclusif pour éviter une nouvelle crise politique en Guinée-Bissau.
📝 Fait à Dakar, le 17 mars 2025
Signataires : AfricTivistes, Afrikajom Center, Wademos, FORUM CV, Front Citoyen Togo Debout, Novation Internationale, Tournons la Page Togo, Yiaga Africa, Article 19 Afrique de l’Ouest, Y’en a marre, Association Villageois 2.0
