Quand l’État oublie ses textes, il perd son autorité morale (Par Thierno LÔ)

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L’arrestation de journalistes, les incursions armées dans les rédactions, les intimidations, les brutalités et les campagnes de caricature contre les professionnels de la presse et du barreau sont des dérives extrêmement graves.
Elles sont indignes d’un pays comme le Sénégal, longtemps cité en exemple pour sa stabilité démocratique et le respect de ses libertés publiques.

L’État ne peut, au nom de la justice, violer les textes qu’il est censé protéger.
Les récents événements ont mis en lumière une confusion inquiétante entre pouvoir politique, pouvoir judiciaire et autorité de régulation. Le Code de la presse et les conventions qui encadrent les relations entre les médias et le CNRA sont pourtant clairs : seul le CNRA est habilité à émettre des avertissements ou à suspendre un signal.
Ni le Procureur, ni le Ministre de la Justice, ni celui de l’Intérieur, encore moins la TDS, n’ont la compétence de couper les signaux d’un média.
Lorsque l’État lui-même s’affranchit de la loi, il sape son autorité, ébranle la confiance des citoyens et installe le désordre dans ses propres rangs.

L’État de droit, ou la porte ouverte à la dérive

Un fonctionnaire ne doit pas se trouver dans la position de violer la loi au nom d’un ordre hiérarchique.
La République repose sur le principe sacré selon lequel nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal.
C’est pourquoi, à la décharge de nos forces de défense et de sécurité, il faut rappeler qu’elles exécutent des ordres et demeurent dans leur devoir d’obéissance. Mais la responsabilité première incombe à ceux qui conçoivent, décident et ordonnent.
Le courage républicain, c’est de donner des ordres conformes à la loi et à l’éthique publique.

Nous ne vivons pas sous un régime militaire issu d’un coup d’État, mais dans une République démocratique.
Le pouvoir actuel est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable dans les conditions prévues par la Constitution, à travers des élections libres, transparentes et démocratiques.
Ce rappel est fondamental.
Ce qui s’est produit ces derniers jours relève d’une violation manifeste des libertés fondamentales, garanties par notre Charte constitutionnelle.
Le Président de la République, garant de la Constitution, a le devoir de veiller à ce que ces libertés soient protégées, même lorsque la tentation du pouvoir est forte.

Les dérives de méthode et l’oubli des valeurs

Il est dommage de constater que le discours et la méthode du nouveau régime ressemblent parfois à ceux que nous avons combattus hier.
Pour être respecté, il faut éviter de reproduire, une fois au pouvoir, ce que l’on dénonçait dans l’opposition.
C’est une exigence morale, pédagogique et républicaine.
L’État doit gouverner dans la sérénité, la justice et le respect des règles. La haine, la vengeance ou la volonté d’humilier ne peuvent fonder un État fort ni une République exemplaire.

Nos institutions ne doivent pas être des instruments de règlement de comptes, mais des garde-fous du vivre-ensemble.
Les autorités, civiles comme militaires, doivent se souvenir qu’elles sont des serviteurs de la République et non ses propriétaires.
La République appartient à tous, et son patrimoine moral et institutionnel est commun.

Les conséquences d’une communication défaillante

Je m’interroge : où sont nos conseillers stratégiques, nos communicants d’État ?
Ont-ils oublié les règles élémentaires de la communication publique — le Qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? — et la différence entre information et publicité, entre anticipation et réaction ?
Une gouvernance efficace ne se décrète pas, elle se prépare et se justifie dans la transparence et la pédagogie.
L’exercice du pouvoir exige sang-froid, rigueur et sens de la mesure.

Un appel à la raison et à la paix civile

Le Sénégal ne peut pas continuer à s’auto-saboter.
Pendant que nous nous divisons, la menace jihadiste étouffe le Mali et s’approche de nos frontières.
Pendant que nous désorganisons nos libertés publiques, la Côte d’Ivoire vient de tenir une élection apaisée et attire les investisseurs que nous perdons.
Nos partenaires économiques se détournent, nos opérateurs privés s’inquiètent, et la confiance s’effrite.

L’économie, la paix et la stabilité ne s’opposent pas à la justice.
Mais la justice ne peut prospérer dans la peur, la brutalité ou le mépris des lois.
Il est encore temps d’arrêter la dérive, de renouer avec l’esprit républicain, de replacer le Sénégal sur la voie du respect de ses institutions et de ses citoyens.

Ceci n’est pas un réquisitoire, mais un cri du cœur et un devoir de vérité.
Pour que le Sénégal reste ce qu’il a toujours été : une République debout, digne, et respectueuse de ses principes.

Thierno Lo
Un Républicain Libre

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