« Une dette morale » : Le Sénégal se dresse pour les tirailleurs, 81 ans après le crime de Thiaroye
81 ans jour pour jour après les coups de feu, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, entouré de frères africains, a lancé un appel solennel : il est temps de rendre un nom, un visage et une dignité aux tirailleurs sénégalais abattus par l’armée française un matin de décembre 1944.
Le devoir contre l’oubli
« Identifier les victimes et situer les responsabilités ». Cette phrase, martelée par le chef de l’État, résume le cœur de la bataille mémorielle qu’il engage. Il ne s’agit plus seulement de se souvenir, mais de savoir. De savoir précisément qui sont ces hommes, d’où ils venaient, où ils reposent, et qui a donné l’ordre de tirer. Pour y parvenir, M. Faye mise sur la puissance de l’histoire : un comité international de chercheurs est missionné pour traquer la vérité dans les archives, notamment françaises, qu’il a officiellement réclamées.
Un face-à-face mémoriel avec la France
La cérémonie avait des allures de diplomatie de la mémoire. À ses côtés, les présidents de Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Gabon et Comores. Face à lui, le ministre français des Affaires étrangères. Le message était clair : l’Afrique est unie sur ce sujet, et la France doit aller plus loin. Le président a salué la lettre « importante » d’Emmanuel Macron, qui parle enfin de « massacre ». Mais il a rapidement remis les pendules à l’heure : les mots ne suffisent plus. Il faut des preuves, des listes, des sépultures. Il faut connaître « le montant qui est dû à chacun », rappelant crûment que cette tragédie a commencé par une revendication légitime : le paiement de leur solde.
Le long chemin de la réconciliation
Le chemin parcouru depuis le silence absolu est immense. François Hollande avait, le premier, honoré la mémoire des tirailles en 2014. Aujourd’hui, Emmanuel Macron reconnaît le massacre. Mais pour Bassirou Diomaye Faye, le chapitre n’est pas clos. Tant que les familles ne sauront pas où pleurer leurs aïeux, tant que le compte exact des morts restera un mystère, la blessure restera ouverte. Sa volonté est de transformer cette mémoire douloureuse en un héritage apaisé, mais seulement après que toute la lumière ait été faite. Le combat pour l’honneur des tirailleurs, enterrés dans l’oubli et l’indignité, entre dans une phase décisive.
