AGRICULTURE : POURQUOI NOS PRODUCTEURS JETTENT-ILS LEURS RÉCOLTES ?

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Un compatriote a récemment trempé sa plume pour saluer la pertinence de l’analyse du Dr Papa Abdoulaye Seck sur ces producteurs contraints de jeter leurs récoltes. Je partage pleinement l’essentiel de son propos. Le Dr Seck est un expert reconnu et, sur beaucoup de questions agricoles, nous avons de réelles convergences de vues.

Mais en réagissant à cette réflexion, une question revient toujours, la même, que l’on nous adresse souvent lorsque nous parlons de projets et de politiques publiques :

“Pourquoi ne l’avez-vous pas fait lorsque vous étiez aux responsabilités ?”

La réponse mérite d’être dite avec honnêteté.

Nous ne déterminons pas toujours la politique de la Nation. Certaines orientations nous dépassent, certaines décisions nous passent parfois au-dessus. Mais cela ne signifie pas que les idées, l’expérience et la volonté n’existent pas. Elles sont là.

Le vrai mal de notre agriculture est ailleurs.

Depuis trop longtemps, notre agriculture est prisonnière d’une gestion politique qui privilégie la clientèle électorale au détriment des politiques agricoles structurantes. Les programmes cèdent souvent la place aux arrangements, et les stratégies de long terme sont perturbées par les urgences politiques.

Pendant ce temps :

  • les lobbies d’importation prospèrent ;
  • certains réseaux captent les subventions agricoles ;
  • des équipements agricoles sont distribués sans cohérence économique ;
  • et nos paysans restent insuffisamment accompagnés pour développer la transformation et la conservation de leurs productions.

Comment s’étonner alors que des producteurs jettent leurs récoltes aujourd’hui, et que quelques mois plus tard le pays importe ces mêmes produits ?

Pourtant, les solutions existent.

Le Dr Papa Abdoulaye Seck l’a souvent défendu : des semences certifiées, une maîtrise des terroirs agricoles, une distribution organisée des intrants, de bons rendements, un accompagnement financier pour la transformation, et surtout une règle simple : satisfaire d’abord le marché national avant d’exporter les surplus.

Nous savons ce qu’il faut faire.
Nous savons comment le faire.

Mais tant que l’agriculture restera prisonnière des logiques clientélistes et des intérêts particuliers, les talents seront freinés et les politiques agricoles dévoyées.

Or une agriculture bien structurée peut transformer toute une économie. Elle peut nourrir le pays, soutenir l’industrie, créer des emplois et renforcer notre souveraineté alimentaire.

Au fond, la question agricole est aussi une question de dignité nationale.

C’est pourquoi la réflexion ouverte par le Dr Papa Abdoulaye Seck mérite d’être poursuivie. Car derrière les images de récoltes jetées se cache une question simple, mais fondamentale :

comment organiser enfin l’agriculture sénégalaise pour qu’elle serve d’abord la Nation ?

Thierno Lo
Un Républicain libre

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