Mohammad B Dionne… et si le Sénégal avait perdu plus qu’un homme ?
Mon frère,
Ton anniversaire, le 5 avril, est passé. Mais c’est aujourd’hui, dans le tumulte que traverse notre pays, que ton absence devient une évidence presque insoutenable.
Car pendant que nous te pleurons encore, le Sénégal, lui, se perd.
Le débat public est tombé.
L’intérêt général a été relégué.
La solidarité nationale s’effondre sous les coups d’un individualisme assumé.
Et pire encore : une forme de démission collective s’installe, dans un silence presque complice.
Que personne ne se trompe :
ce qui bouillonne aujourd’hui n’est pas anodin.
Les frustrations s’accumulent.
Les tensions montent.
Et oui, toutes les conditions objectives d’une rupture sont à quelques doigts d’être réunies.
Face à cela, que voyons-nous ?
Des postures.
Des certitudes.
Des approximations.
Ceux qui nous gouvernent ont sans doute la volonté de changer. Mais ils se trompent d’époque. Ils se trompent parfois de concepts. Ils ignorent encore les nouveaux paradigmes d’un monde qui ne pardonne ni l’improvisation ni l’aveuglement.
Un pays ne se dirige pas dans le déni.
Et pendant ce temps, ce que nous appelions avec fierté l’exception sénégalaise se fissure.
Les lignes de fracture s’élargissent.
Le vivre-ensemble recule.
Et nous regardons faire.
Mon frère,
Toi, tu avais compris.
Tu savais que le consensus n’est pas une faiblesse, mais une force stratégique.
Tu savais que l’élégance en politique est une arme, pas une posture.
Tu savais surtout que la Nation passe avant les camps.
Même dans ton cercueil, tu as réussi ce que les vivants n’arrivent plus à faire :
réconcilier les Sénégalais.
À Dakar, à Touba, toutes les obédiences se sont retrouvées.
Les accolades ont remplacé les invectives.
Le respect a pris le pas sur la haine.
Quelle leçon…
Aujourd’hui, elle est déjà oubliée.
Alors je lance un appel clair :
À tous ceux qui, comme toi, portent encore le sens de l’État, la mesure et la responsabilité — sortez de vos tanières. Le Sénégal ne peut pas être abandonné aux excès, aux raccourcis et aux affrontements stériles.
Aidons ce pouvoir à ne pas conduire le pays vers le récif.
Non pas par complaisance.
Mais par devoir.
Car lorsqu’un navire tangue,
les hommes responsables ne regardent pas sombrer — ils agissent.
Mon frère,
Au-delà du Sénégal, nous partagions des principes et des valeurs qui ne doivent jamais être fissurés. C’est ce socle qui doit aujourd’hui nous sauver.
Ton absence est une douleur.
Mais ton héritage est une exigence.
Adieu frangin.
Repose en paix.
Et que Dieu t’accueille au Paradis.
Ministre Thierno Lo
Président COS (Conseil d’Orientation Stratégique) Dionne 2024
