ALERTE : LE MALI BRÛLE, ET NOUS REGARDONS AILLEURS
Ce qui se passe aujourd’hui au Mali n’est pas un simple fait divers sécuritaire. C’est un basculement. Une dégradation rapide, visible, préoccupante. Les groupes jihadistes changent de stratégie, s’organisent, s’unissent, frappent des symboles de l’État, ciblent des localités et même des résidences d’autorités. Ce n’est plus une menace diffuse : c’est une montée en puissance.
Face à cela, la junte montre ses limites. Les promesses initiales s’effritent. L’armée est sous pression, parfois débordée. Et pendant ce temps, certains acteurs rebelles manœuvrent intelligemment sur le terrain diplomatique, cherchant à redéfinir les rapports de force, y compris avec des partenaires comme la Russie.
Soyons lucides : les signaux sont là. Et ils sont inquiétants.
Allons-nous attendre que la situation échappe totalement à tout contrôle, comme ailleurs, avant de comprendre que ce qui se joue au Mali nous concerne directement ?
Le Sénégal ne peut pas se permettre l’indifférence.
Nos peuples circulent librement entre nos pays. Nos économies sont liées. Nos familles sont imbriquées. Toute déstabilisation durable du Mali aura des répercussions immédiates chez nous : flux migratoires, insécurité transfrontalière, perturbations commerciales, fragilisation régionale.
Et pourtant, que voyons-nous ?
Un Sénégal tourné vers lui-même.
Un Sénégal absorbé par ses querelles internes.
Un Sénégal dont la diplomatie semble en sommeil.
Nous évoluons en vase clos, comme si le monde attendait. Comme si la sous-région n’était pas en recomposition. Comme si les menaces pouvaient être contenues par le silence ou l’inaction.
C’est une erreur grave.
Un État responsable anticipe. Il analyse. Il agit. Il construit des alliances. Il protège ses intérêts en regardant au-delà de ses frontières.
Aujourd’hui, notre secteur privé s’essouffle et cherche de l’air ailleurs. Nos priorités semblent décalées. Et pendant ce temps, les foyers d’instabilité se rapprochent.
Ce n’est pas une posture politique que d’alerter.
C’est une exigence républicaine.
Nous devons sortir des calculs à court terme. Sortir des logiques de pouvoir pour le pouvoir. Et remettre au centre l’essentiel : la sécurité, la stabilité, la projection stratégique de notre pays.
Le Mali n’est pas un problème lointain.
C’est un signal d’alarme.
Et face à ce signal, une seule question doit nous guider :
sommes-nous prêts, ou sommes-nous distraits ?
Le Sénégal doit cesser d’être son propre adversaire.
Il doit redevenir lucide, engagé, et présent là où se passent les choses
Thierno LO
