Le jour où l’on prononcera ton nom pour la dernière fois…

0
Screenshot

Screenshot

Environ 117 milliards d’êtres humains sont nés depuis l’apparition de notre espèce, Homo sapiens.

Aujourd’hui, la population mondiale est d’environ 8,2 milliards de personnes.

Cela signifie que près de 109 milliards d’êtres humains sont déjà morts.

Autrement dit, environ 93 % de tous les êtres humains ayant vécu ne sont plus là.

Les vivants ne représentent qu’environ 7 % de l’humanité ayant existé.

Ces chiffres donnent le vertige.

Pourtant, ils ne racontent pas seulement l’histoire de l’humanité. Ils racontent aussi la nôtre.

Car ces 109 milliards d’êtres humains n’étaient pas des statistiques.

Ils avaient un prénom.

Ils avaient une voix, un visage, une famille, des amis. Ils sont tombés amoureux. Ils ont connu la peur, l’espérance, la joie, le doute. Ils ont fait des promesses qu’ils pensaient tenir. Ils ont remis des projets au lendemain, convaincus qu’ils auraient encore du temps.

Comme nous.

À cet instant même, il y a quelques siècles, quelqu’un regardait le ciel avec les mêmes interrogations que nous. Il riait avec ceux qu’il aimait. Il rêvait d’un avenir meilleur. Il croyait, lui aussi, que sa vie occupait le centre du monde.

Aujourd’hui, il fait partie d’un chiffre.

Et un jour, nous en ferons partie à notre tour.

Nous passons pourtant une grande partie de notre existence à nous disputer pour des positions, des titres, des richesses ou des victoires éphémères. Comme si nous pouvions gagner contre le temps.

Mais le temps est le seul adversaire qui n’a jamais perdu.

Il a effacé les plus grands conquérants, les plus puissants souverains, les plus brillants penseurs. Les empires qu’ils croyaient éternels sont devenus des ruines. Les noms qu’ils pensaient immortels ne sont parfois plus prononcés par personne.

Et il poursuivra son œuvre bien après nous.

Il existe une pensée encore plus bouleversante.

Un jour viendra où quelqu’un prononcera ton prénom pour la dernière fois.

Cette personne ignorera que c’est la dernière fois qu’un être humain se souviendra de toi.

À partir de cet instant, il ne restera plus aucune mémoire vivante de ton passage sur cette Terre.

C’est déjà arrivé à près de cent neuf milliards d’êtres humains.

Pourtant, ils n’ont pas vécu pour rien.

Nous parlons leur langue. Nous empruntons les routes qu’ils ont ouvertes. Nous habitons les villes qu’ils ont bâties. Nous bénéficions des connaissances qu’ils ont transmises, des institutions qu’ils ont créées, des valeurs qu’ils ont défendues, parfois au prix de leur vie.

Ils ont disparu.

Mais ce qu’ils ont laissé continue de vivre à travers nous.

Peut-être est-ce là le véritable sens d’une existence.

Nous ne choisissons ni notre époque, ni la durée de notre passage. En revanche, nous choisissons ce que nous transmettons.

Car nous ne sommes pas propriétaires de l’humanité.

Nous sommes les héritiers de plus de cent milliards de destins.

Et les dépositaires de ceux qui ne sont pas encore nés.

Alors, au fond, la seule question qui mérite peut-être d’être posée est celle-ci :

Lorsque nous rejoindrons, à notre tour, les cent neuf milliards qui nous ont précédés, qu’aurons-nous laissé derrière nous qui mérite de continuer à vivre ?

Ameth DIALLO
Pensées de notre temps

——

Références :

Les estimations démographiques sont issues du Population Reference Bureau (PRB) (How Many People Have Ever Lived on Earth?).

Les découvertes paléoanthropologiques actuelles situent l’apparition d’Homo sapiens il y a environ 300 000 ans.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *