J’AI PEUR POUR MON BEAU PAYS, LE SÉNÉGAL

J’ai peur de voir ce beau pays, terre de grands hommes, de diplomatie d’excellence, de grands sachants et de compatriotes majors dans tant de domaines, continuer à recevoir des coups de couteau dans sa chair.
Notre pays est aujourd’hui balafré, il saigne, et le plus inquiétant est de voir certains de ses fils, parfois inconsciemment, parfois pour des intérêts personnels, continuer à le pousser vers l’abîme, comme s’ils oubliaient qu’ils sombreront avec lui.
Pourquoi sommes-nous devenus aveugles au point d’oublier d’où nous venons ?
Nous sommes le produit de ce que d’autres ont construit avant nous, au prix d’immenses sacrifices. Nous n’avons pas été choisis pour être des messies. Nous avons reçu la République pour la servir, assurer sa continuité, fertiliser ce qui a été accompli et surtout préparer le pays aux défis du monde nouveau.
Le président Abdou Diouf, Dieu merci, est encore parmi nous. Il doit pouvoir constater que cette jeunesse qu’il qualifiait autrefois de « malsaine » a aussi conscience des défis de son époque.
Et cette jeunesse doit retrouver ce qui a fait la force de notre pays : la culture, les valeurs, le travail, la production, l’évaluation et l’anticipation.
L’autosuffisance n’est pas seulement une question économique. Elle touche à notre souveraineté et à notre dignité nationale.
Je pense aussi à Abdoulaye Wade et à cette phrase qui devrait encore résonner dans nos consciences :
« Je préfère la disponibilité de ma jeunesse aux milliards de l’étranger. »
Il nous rappelait que nous sommes majeurs et que nous devons prendre notre destin en main.
Ces paroles, celles de Wade, celles de Diouf et celles de tant d’autres serviteurs de la République, ne devraient pas appartenir au passé. Elles devraient nous obliger.
Je ne dédouane personne : nous sommes tous responsables de notre retard. Le XXIᵉ siècle aurait dû être celui de notre accélération.
Le véritable patriotisme aujourd’hui, ce n’est pas de se proclamer souverainiste, panafricaniste ou défenseur de la dignité nationale.
C’est de produire davantage, former mieux, évaluer nos politiques, anticiper les ruptures et préparer nos enfants aux métiers qui n’existent pas encore.
Car le monde change.
L’intelligence artificielle que nous avons créée bouleverse déjà le travail, l’éducation, l’industrie et même nos modes de vie. Demain ne ressemblera pas à aujourd’hui.
Et face à cette transformation, notre seule véritable protection sera la connaissance.
C’est pourquoi je partage l’appel au réarmement moral et intellectuel que répète mon ami Benoît Ngom de ADA Sénégal. Et je crois, comme Chérif Salif Sy et tant d’autres sachants, qu’une voie économique et industrielle africaine est possible.
Mais elle exige une jeunesse orientée vers la production, la formation, les sciences, les technologies et les métiers de demain, plutôt que vers la seule consommation et l’agitation.
Alors, réveillons-nous.
Ressaisissons-nous.
Soyons humbles.
Nous sommes de passage. Nos contrats avec la République sont à durée déterminée. Nous partirons tous. La République, elle, restera.
Ne la défigurons donc pas par la boulimie du pouvoir, des privilèges ou des intérêts personnels.
Le jeu a trop duré. Il peut devenir mortel pour le pays.
Je lance simplement un appel à mes compatriotes :
Arrêtons-nous un instant. Regardons le pays que nous allons laisser à nos enfants et demandons-nous si nous sommes en train de construire ou de détruire.
Le Sénégal est notre patrimoine commun.
Ressaisissons-nous. Il est encore temps.
Thierno Lo
Le Républicain Libre



