Dakar ne peut pas devenir le refuge de la misère organisée, dixit Thierno LO

La vidéo qui circule montre une réalité que nous ne pouvons plus regarder avec indifférence : des femmes, des hommes, des personnes âgées et surtout de très jeunes enfants vivant dans des conditions indignes, dans des chantiers, des espaces abandonnés ou des abris de fortune, au cœur même de Dakar.
Des familles entières y reconstituent de petits villages de fortune. On y mendie, on y dort, on y mange, on y fait vivre des enfants dans la rue. Des femmes portent leurs bébés toute la journée pour solliciter la charité. Cette image interpelle notre conscience : la femme ne peut pas être condamnée à porter seule le poids de la misère, avec un enfant dans les bras comme instrument de survie.
À cela s’ajoutent l’insalubrité, l’absence d’eau et de sanitaires, les risques sanitaires, la maltraitance de certains enfants et, dans certains endroits, des phénomènes de prostitution, de drogue et de délinquance. Même si ces pratiques ne concernent évidemment pas tous ceux qui vivent dans ces conditions, l’État ne peut ignorer les risques qu’elles représentent pour les populations concernées comme pour l’ensemble de la société.
Je veux être très clair : je ne suis pas contre la circulation des personnes et des biens dans notre sous-région. Nous sommes des peuples liés par l’histoire, la culture, les familles et les destins. Ces femmes et ces hommes ne sont pas la source de nos maux. La véritable cause de ces déplacements massifs reste avant tout le sous-développement et la recherche de moyens de subsistance.
Mais l’hospitalité ne signifie pas l’absence d’organisation.
Cette situation relève à la fois de la dignité humaine, de la santé publique, de la protection de l’enfance, de la sécurité et de la salubrité urbaine.
Le ministère de l’Intérieur, à travers la Protection civile et les services compétents, les collectivités territoriales et les services sociaux doivent travailler ensemble pour identifier ces lieux, organiser leur assainissement, sécuriser les espaces occupés et surtout mettre en place des solutions humaines et durables.
Il ne s’agit ni de chasser les pauvres, ni de stigmatiser les étrangers.
Il s’agit de dire que la pauvreté ne doit pas produire le chaos et que l’hospitalité doit être organisée.
Nous devons protéger ces populations contre elles-mêmes lorsqu’elles sont contraintes de vivre dans de telles conditions, protéger les enfants, préserver la dignité des femmes et protéger également le cadre de vie des Dakarois.
Et surtout, cessons de faire de la misère un fonds de commerce politique. Utiliser la détresse humaine pour fabriquer un électorat, attiser le rejet de l’autre ou encourager la haine est indigne d’une République.
Nous pouvons être solidaires sans être désorganisés.
Nous pouvons accueillir sans laisser s’installer des situations dangereuses.
Nous pouvons respecter l’étranger tout en exigeant le respect des règles communes.
La solidarité n’est pas l’anarchie. L’hospitalité n’est pas l’abandon de nos responsabilités. Et la dignité humaine doit rester notre première règle.
Thierno Lo
Un Républicain Libre
