Fonds cachés : après les dettes cachées, faut-il découvrir une autre exception sénégalaise ?

Le débat sur les « fonds politiques » vient de faire surgir une réalité qui mérite mieux qu’une polémique politicienne.
Deux anciens Premiers ministres, Ousmane Sonko et Souleymane Ndéné Ndiaye, reconnaissent avoir bénéficié de fonds de cette nature. Souleymane Ndéné Ndiaye apporte même un témoignage précis : il explique que Birame Thiam, alors DAGE de la Présidence de la République, faisait tirer un chèque du Trésor avant de venir lui remettre l’argent en espèces.
Si cette pratique est avérée, une question simple s’impose : sur quelle base juridique et budgétaire ces sommes étaient-elles versées ?
Je ne suis pas opposé, par principe, à ce que le Président de la République, le Premier ministre, certains directeurs de cabinet ou présidents d’institutions disposent de moyens financiers spéciaux lorsque les nécessités de leurs fonctions le commandent.
Mais dans une République, le caractère confidentiel d’une dépense ne peut jamais signifier qu’elle est juridiquement invisible.
Il faut une base légale.
Il faut une inscription budgétaire.
Il faut des règles.
Il faut un contrôle.
Sinon, nous ouvrons la porte à toutes les dérives : avantages personnels, rémunérations parallèles, enrichissement indu ou utilisation discrétionnaire de l’argent du contribuable.
Et c’est précisément là que je veux placer le curseur.
Après les dettes cachées, allons-nous découvrir les fonds cachés ?
Car le véritable problème n’est pas seulement l’existence de ces fonds. C’est leur opacité éventuelle, leur mode de distribution et l’absence de règles clairement accessibles au citoyen.
Une autre question mérite d’être posée : qu’en est-il aujourd’hui ?
La continuité de l’État signifie que les pratiques administratives ne disparaissent pas nécessairement avec les hommes. Si les DAGE de la Présidence versaient hier certains fonds aux autorités concernées, ces mécanismes ont-ils été supprimés ? Encadrés ? Régularisés ?
Ou continuent-ils simplement parce que personne n’a jugé nécessaire de les remettre en cause ?
Je souhaite donc que les anciens et actuels directeurs de cabinet de la Présidence nous éclairent.
Ont-ils bénéficié de tels fonds ? En bénéficient-ils encore ? Selon quelles règles ?
Je ne porte ici aucune accusation. Je pose une question de citoyen et de Républicain.
Si ces pratiques sont légales, qu’on nous montre le texte qui les fonde.
Si elles sont nécessaires au fonctionnement de l’État, qu’on les légalise et qu’on les encadre.
Si elles sont irrégulières, que les autorités compétentes en tirent les conséquences.
Car une République moderne ne peut fonctionner durablement avec des pratiques que la loi ignore mais que les habitudes institutionnelles consacrent.
On parle beaucoup du « Système ».
Mais le Système n’est pas une créature mystérieuse.
Le Système, ce sont aussi ses animateurs. Ce sont leurs pratiques. Leurs habitudes. Leurs silences. Leurs arrangements. Et parfois leur capacité à transformer l’exception en norme.
Le véritable changement ne consistera donc pas seulement à remplacer ceux qui gouvernent.
Il consistera à assainir les mécanismes de l’État.
Rendons la légalité à ce qui doit l’être.
Mettons fin aux zones grises.
Encadrons les fonds spéciaux.
Renforçons le contrôle parlementaire.
Et surtout, faisons comprendre à tous ceux qui exercent une parcelle de pouvoir que l’argent public n’appartient ni au Président, ni au Premier ministre, ni au ministre : il appartient au peuple.
C’est à cette condition seulement que nous pourrons parler véritablement de rupture.
Thierno Lo
Un Républicain Libre
